Marché mondial de la formation au contrôle de gestion : quelle place pour la France ?

Dans un marché mondial de la formation au contrôle de gestion dominé par des géants anglo-américains, l’école française du contrôle de gestion peut-elle se faire une place ?

En France, il n’existe pas d’ordre professionnel de contrôleur de gestion, ni de label unique représentatif de la formation au contrôle de gestion comme le CMA ou le CGMA.

La première tentative de regroupement professionnel fort autour du contrôle de gestion remonte à 1964 avec la création de l’association nationale des contrôleurs de gestion (ANCG) devenue aujourd’hui Association nationale des directeurs financiers et du contrôle de gestion (DFCG) (i). D’après Georges Mathey, président d’honneur de la DFCG, l’objectif de l’association était d’être «ouverte aux gens du métier pour : progresser ensemble par l’échange ; et préciser puis promouvoir le contrôle de gestion ».

Dès 1967, l’association lance sa revue Echanges, suivant probablement l’exemple de son aînée américaine. En 2013, la revue a été renommée « Finance&Gestion » et la DFCG présente ses nombreuses activités à travers son portail internet (www.dfcg.com).

Toutefois, contrairement à ses consoeurs IMA et CIMA, la DFCG n’a pas eu le privilège d’un diplôme spécifique contribuant à sa reconnaissance, sa légitimation et son financement.

Tel est probablement la grande faiblesse de l’environnement institutionnel du contrôle de gestion en France : l’absence d’un label de formation unique porté par une association professionnelle puissante où collaborent professionnels et académiques.

En effet, même si l’histoire des formations en contrôle de gestion en France reste largement à écrire, il semble des formations diplômantes sur cette spécialité ont émergé dans les écoles de commerce dans les années 1960-1970.
Par la suite, des formations universitaires de type maitrise/DESS/Master ont été créées. Actuellement,  l’association nationale des responsables des masters « contrôle de gestion et audit organisationnel » (AMCGAO) créée en 2015 en a identifiées 32, réparties dans toute la France.

Toutefois, les faiblesses de ces formations étaient jusqu’à présent l’absence d’homogénéité et de liens forts, en bref de stratégie commune, avec la DFCG.

dfcg-cgao

Deux faits illustrent bien cette faible légitimité et l’absence de stratégie unifiée des formations au contrôle de gestion en France.

Le premier fait illustre la faible légitimité des formations au contrôle de gestion. Il s’agit de la tentative de suppression des mentions « contrôle de gestion » au niveau des masters en sciences de gestion en 2013. L’un des arguments avancés par le ministère de l’enseignement supérieur était : « le maintien d’un intitulé « contrôle de gestion » ne donnerait qu’une apparence d’unité à des formations dont le contenu peut être très contrasté » (ii). C’est cette alerte venue du ministère qui a sans doute initiée une prise de conscience, conduisant à la création de l’AMCGAO (iii) dont l’objet est : « la promotion et le développement des masters CGAO et affiliés ». Cette association marque non seulement l’émergence d’une nouvelle stratégie de légitimation des formations en contrôle de gestion, mais aussi la volonté de créer un label de formation unique : « contrôle de gestion et audit organisationnel » (CGAO).

Le deuxième fait, c’est l’explosion depuis une dizaine d’années de formations de tous niveaux sensées conduire au métier de contrôleur de gestion : master universitaire, diplôme d’école de commerce, certificat de compétences en contrôle de gestion (DFCG-AFNOR), DU en contrôle de gestion (DFCG- université Paris 1), filière DCG/DSCG…

Dans un tel contexte institutionnel, la formation française en contrôle de gestion peut-elle rivaliser avec les labels internationaux CMA/CGMA ?

Les pessimistes diront qu’il est trop tard pour que la France propose un label de formation viable et compétitif sur le plan international. La seule option pour les formateurs français serait donc de choisir rapidement « un camp » (CIMA ou IMA) et de s’aligner avant qu’il ne soit trop tard.

Pour les optimistes, il n’est jamais trop tard et tout est encore possible. En plus, certains changements institutionnels récents confortent cet optimisme.
En effet, la création récente de l’association nationale des responsables des masters contrôle de gestion et audit organisationnel (AMCGAO) est le signe d’une volonté réelle de légitimation des formations en contrôle de gestion. Toutefois, pour contribuer à l’émergence d’une voix française sur le marché international de la formation en contrôle de gestion, l’AMCGAO devra relever trois défis redoutables : favoriser l’émergence d’un label de formation unique en contrôle de gestion, nouer des relations fortes avec le monde professionnel, développer chez les diplômés un sentiment d’appartenance à une communauté du contrôle de gestion forte et dynamique.
Dès lors, comment relever ces défis ?

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i Georges Mathey, “40 Ans de DFCG,” Echanges 216 (2004): 27–29.
ii Isabelle Martinez and Gerald Naro, “Lettre Du 15 Mai 2013 à L’attention de Monsieur Jean-Michel JOLION, Chef Du Service de La Stratégie de l’Enseignement Supérieur et de l’Insertion Professionnelle,” 2013.
iii http://www.amcgao.fr/

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